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1/09/2011

Ne congelez pas la télé ! Par Hervé Bourges

Tribune d’Hervé Bourges, ancien Président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (C.S.A.) et Président du Comité permanent de la diversité de France Télévisions, parue dans Le Monde daté d'aujourd'hui.

La fin de la diffusion analogique, effective sur les trois-quarts de notre territoire, imminente dans les autres régions, constitue une étape majeure dans l’histoire de l’audiovisuel. Ce n’est pas une fin en soi. C’est le seuil d’une époque nouvelle : celle des téléviseurs connectés.

La télévision connectée à Internet, c’est la possibilité pour chaque foyer de recevoir les chaînes et les offres de programmes de tous les pays du monde. Cette fonction est déjà active sur une partie des téléviseurs vendus aujourd’hui, elle le sera sur tous demain. Elle fait déferler toutes les images du monde sur notre pré carré ordonné jusque là comme un jardin à la française par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel.

Or c’est le moment qu’ont choisi une poignée de technocrates pour tenter d’imposer aux Français une nouvelle norme : après la TNT en DVB-T, il faudrait passer au DVB-T2…

Une décision aussi radicale que le changement de la norme de diffusion de la télévision ne se prend pas pour des raisons conjoncturelles : il ne s’agit pas de favoriser tel ou tel groupe, le public ou le privé, les historiques ou les nouveaux entrants. Il faut prendre du recul, et se placer du seul point de vue des téléspectateurs-citoyens et des enjeux culturels pour la production française.

De quoi s’agit-il ici? A la fin de l’année, l’arrêt de l’analogique libère la place pour une dizaine de chaînes numériques sur la bande hertzienne, entre 6 et 12 selon qu’elles sont en HD ou non. Si elles devaient être diffusées en DVB-T2, ces chaînes seraient réservées aux foyers qui changeraient à nouveau leur équipement de réception ! Après la Télévision Numérique pour Tous, il y aurait la TNP : la Télévision Numérique pour Personne.

Pourquoi forcer ainsi les foyers français à changer à nouveau d’équipement de réception, de décodeurs, d’écrans plats, etc ? Même les constructeurs de télévision ne le souhaitent pas. Une telle option est en effet triplement inopportune.

Inopportune parce qu’absurde. Le passage à la TNT en DVB-T n’est pas même terminé et l’Etat subventionne aujourd’hui des matériels qu’il rendrait obsolètes avant d’être entièrement déployés. Les rares pays qui ont choisi le DVB-T2 l’ont fait avant de lancer la TNT. Aucun d’entre eux n’a envisagé de changer de norme, une fois le parc de récepteurs installé. Changer toutes les télévisions deux fois de suite est économiquement absurde. Donc ce serait un échec.

Inopportune parce que dépassée.  Un nouveau format d’encodage de l’image se profile : le HEVC... Devra-t-on demander aux Français de changer une troisième fois de matériel dans trois ans ? C’est politiquement impossible à concevoir. 

Inopportune surtout pour la production audiovisuelle nationale. En effet le changement de norme gèle de fait tout développement de nouvelles chaînes françaises en hertzien pour les dix années qui viennent. Qui lancerait une chaîne pour une poignée de foyers ? Donc le passage au DVB-T2 a une seule conséquence : empêcher nos groupes audiovisuels de se renforcer sur le seul marché où ils sont encore protégés, le marché hertzien. Le paysage actuel serait vitrifié.

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