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7/12/2011

Les médias de service public sont nécessaires au renforcement du pluralisme, par Thomas Hammarberg, Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe

Aujourd’hui en Europe, la liberté des médias est principalement soumise à deux menaces : la tentative des pouvoirs publics de dominer le marché des médias, d’une part, et la tendance à développer l’aspect commercial et à créer des monopoles, d’autre part. Ces deux phénomènes risquent de limiter la liberté d’expression - et justifient de renforcer les médias de service public.

Le pluralisme des médias permet à la société d’être informée et à différentes voix de se faire entendre. Toutefois, dans plusieurs pays européens, les médias ne jouissent pas d’une véritable liberté, ce qui restreint le pluralisme. Des chaînes de radio et de télévision indépendantes se voient refuser des licences et des journaux critiques sont empêchés d’acheter du papier ou de diffuser leurs numéros.

L’ingérence de l’Etat peut aussi être plus discrète. En réservant leurs achats d’espace publicitaire aux seuls médias «loyaux», les gouvernements indiquent aux entreprises l'exemple à suivre, ce qui entraîne dans les faits le boycott des médias indépendants. En outre, le harcèlement bureaucratique et la discrimination administrative se développent de manière préoccupante.

Autre problème : la concentration de la propriété des médias dans le secteur privé. Si les médias sont aux mains de quelques grands groupes, cela augmente le risque de partialité et d’atteinte à l'indépendance éditoriale.

En Italie, par exemple, lorsque Silvio Berlusconi était Premier ministre, il était aussi le principal actionnaire du plus grand groupe de télévision privé (par l’intermédiaire de Fininvest, qui détient près de 39% des parts de Mediaset). L'ingérence gouvernementale dans les médias était donc considérable, ce qui soulevait de graves questions sur la répartition du pouvoir dans la société.

La nécessité du pluralisme des médias a été soulignée dans une recommandation du Comité des Ministres du Conseil de l'Europe, qui invitait les Etats membres à veiller à ce qu’un éventail suffisant de médias proposés par une série de propriétaires différents, publics ou privés, soit mis à la disposition du public.

Les médias de service public favorisent la qualité

J’ai constaté que les pays où les médias de service public sont indépendants et forts se distinguent souvent aussi par un journalisme éthique et de qualité. En effet, ces médias étant indépendants (y compris des annonceurs), ils peuvent encourager le bon journalisme d’investigation et les contenus fondés sur des recherches sérieuses.

Pourtant, nombreux sont les pays européens où la valeur des médias de service public est - malheureusement - mise en question, au point que des campagnes sont menées contre ces médias.

A l’ère numérique, le paysage médiatique se diversifie et devient plus interactif. En conséquence, la notion de «radiodiffusion de service public» doit être remplacée par celle de «médias de service public» (MSP), qui est plus large en termes de services et englobe à la fois les médias traditionnels et les nouveaux médias.

Des MSP qui fonctionnent bien peuvent jouer un rôle déterminant dans la protection des droits de l'homme, en particulier de la liberté d’expression, et permettre à toutes les composantes de la société de s’exprimer, notamment aux minorités, aux enfants et aux autres groupes qui tendent à être marginalisés. Cela suppose que les gouvernements s’abstiennent de restreindre la liberté sur internet.

Halte aux monopoles

Il faut systématiquement contrer toute tendance à la création de monopoles. Il est également nécessaire de consacrer des études plus approfondies au pluralisme des médias et au fonctionnement des médias de service public dans l’Europe d’aujourd’hui. Elles devraient être suivies d’un vaste débat public sur la promotion de médias de service public indépendants et utiles, qui s’intéresserait à leur mission, à leur organisation et à leur financement, mais aussi à leur responsabilité.

Ce débat doit également être l’occasion de réfléchir aux mesures à prendre pour que le potentiel des médias sociaux utilisant internet soit pleinement exploité au service du public.

Thomas Hammarberg, Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe

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