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6/10/2021

Facebook : après la panne, le témoignage d'une lanceuse d'alerte

Une lanceuse d'alerte qui accuse Facebook de mettre le profit avant l'humain a demandé hier aux parlementaires américains de mieux réguler le géant des réseaux sociaux aux milliards d'utilisateurs dans le monde, confronté à l'une de ses pires crises de réputation au lendemain d'une panne sans précédent.
Frances Haugen, ingénieure informatique âgée de 37 ans qui a quitté en mai le groupe californien, va témoigner devant une commission sénatoriale. Ses révélations ont donné un nouvel élan aux critiques de Facebook dont les quatre plateformes --deux réseaux sociaux, Facebook et Instagram, plus deux messageries, WhatsApp et Messenger-- sont utilisées tous les mois par quelque 3,5 milliards de personnes.
Des plateformes touchées lundi soir par une panne gigantesque, «la plus importante jamais observée» par Downdetector un site qui recense les signalements d'utilisateurs et selon lequel «des milliards» ont été affectés.
La panne de quelque sept heures s'est terminée lundi à 22h30 GMT. Des utilisateurs facétieux ont rivalisé de sarcasmes sur Twitter. Mais d'autres se plaignaient d'être coupés de leurs contacts, de leur source de revenu ou de leur outil de travail.
Cette panne qui tombe très mal pour la firme de Mark Zuckerberg a été causée par un «changement de configuration défectueux» des routeurs qui «coordonnent le trafic entre les serveurs», a expliqué Facebook dans un communiqué publié sur son site dans la nuit de lundi à mardi. La perturbation technique a eu des «effets en cascade».
L'audition de Frances Haugen hier devant la commission au Commerce du Sénat américain est consacrée à l'impact de Facebook et Instagram sur les jeunes utilisateurs, une semaine après une longue séance de questions adressées à Antigone Davis, vice-présidente de la firme.
D'après des extraits de ses remarques préliminaires tweetées par des médias américains, Frances Haugen a prévu d'exhorter les élus à réguler Facebook - ce que nombre d'entre eux promettent régulièrement de faire.
«Quand nous avons réalisé que les producteurs de tabac dissimulaient les dégâts qu'ils causaient, le gouvernement a agi. Quand on a compris que les voitures étaient plus sûres avec des ceintures de sécurité, le gouvernement a agi», devrait-elle déclarer. «Je vous supplie d'en faire autant» pour Facebook.
«Facebook est devenu une compagnie à 1 000 milliards de dollars en payant ses bénéfices avec notre sécurité, y compris la sécurité de nos enfants», devrait-elle encore dire selon Bloomberg News. «J'ai pris l'initiative parce que j'ai réalisé une vérité effrayante : presque personne en dehors de Facebook ne connaît ce qui se passe à l'intérieur de Facebook. La direction de la compagnie cache des informations vitales au public, au gouvernement américain, à ses actionnaires et aux gouvernements du monde entier».
Frances Haugen a été à l'origine de l'exposé accablant du Wall Street Journal, mi-septembre, sur Instagram et son impact sur la santé mentale des adolescentes. Dimanche soir sur CBS, elle a accusé directement Facebook de choisir «le profit plutôt que la sûreté».
Ses révélations, des milliers de documents à l'appui, ont dépeint un groupe où la recherche du trafic et des recettes publicitaires triomphe souvent des inquiétudes sur son rôle social.
Elles montrent pour le président américain Joe Biden que la société «ne sait pas se réguler elle-même», d'après sa porte-parole Jen Psaki. Elles «prouvent les inquiétudes (...) au sujet du pouvoir que les géants des réseaux ont amassé», a-t-elle ajouté lundi.
Facebook a déployé ses efforts pour tenter de contenir l'incendie. «Si nous étions une société qui ne se préoccupe pas de sûreté, qui donne la priorité aux bénéfices, nous ne ferions pas ce genre de recherches», a fait valoir lundi Monika Bickert, vice-présidente de Facebook, au sujet des études internes montrant notamment que la santé mentale de certaines jeunes filles est affectée par Instagram.
Quant à l'impact du réseau social sur le climat politique, que Facebook n'a pas fait suffisamment pour contrôler selon Frances Haugen, un autre vice-président, Nick Clegg, avait jugé dimanche «trop facile de chercher une explication technologique à la polarisation politique aux Etats-Unis».
Le sujet ne se limite pas à Facebook et toutes les plateformes vont «ressentir la pression de leurs utilisateurs, la pression de leurs employés», a dit à l'AFP Mark Hass, professeur de communication à l'université Arizona State.
Frances Haugen, qui a travaillé pour des sociétés comme Google et Pinterest, a estimé dimanche sur CBS que Facebook était «sensiblement pire» que tout ce qu'elle avait vu auparavant.
Parallèlement à ces déboires, le richissime Mark Zuckerberg, co-fondateur de Facebook, a vu lundi sa fortune fondre de plus de six milliards de dollars, à 121,6 milliards, après une chute du titre en Bourse, affirme un décompte de Bloomberg après une chute du titre en Bourse. Poids lourd du Nasdaq, Facebook a plongé de 4,89% à 326,23 dollars. Depuis ses sommets début septembre, le titre a perdu 15%.
(Avec AFP)
 
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