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9/05/2011

Benoît Sillard, Président de CCM Benchmark Group, publie «Maîtres ou esclaves du numérique ?» aux éditions Eyrolles

Sous titré «2049 : Internet, notre second cerveau», cet essai de 260 pages met en perspective toutes les questions liées au web. L’ouvrage est émaillé de nombreux exemples et focus en encadrés, conclusions prospectives de fin de chapitres, «tranches de vie» de 2049 -sous la forme d’extraits du «Journal du milieu du siècle».

Au sommaire : Nos enfants ont-ils des choses à nous apprendre ?  Le jeu deviendra-t-il notre premier média ? Comment devenir un artisan de la connaissance ? Quelles sont les voies d’une analyse personnelle ?  Comment bénéficier de l’intelligence collective et de la production collaborative ?  Comment les masses deviennent des tribus ?  Comment la gratuité s’impose-t-elle à l’Internet ? La propriété intellectuelle survivra-t-elle au XXIe siècle ? Comment nos catégories politiques vont-elles se métamorphoser ? Comment tracer les frontières de sa vie privée ? Y a-t-il des limites ?

A propos de la gratuité sur le Web, Benoît Sillard propose cette conclusion prospective :
Aux origines d’Internet, le gratuit accompagne son développement et bouleverse les habitudes de production et de consommation.
Cette tendance ne fait que commencer: plus les biens et services gratuits sont disponibles, plus il faut développer de l’imagination et du talent pour créer une valeur supplémentaire justifiant un prix. Une économie à deux accès – payant ou gratuit – est déjà en place et se maintiendra.
Cette économie parallèle est aussi une économie conflictuelle sur ses zones frontières : dès lors qu’une masse critique d’internautes décide de produire ou de partager du contenu en le faisant entrer dans le domaine du gratuit, elle bouscule les intérêts comme les habitudes des acteurs économiques. La coexistence des biens communs et des biens privés ne sera donc pas pacifique.

La seconde tendance concerne l’émergence de monnaies virtuelles qui permettraient d’échapper complètement au système monétaire actuel – en devenant invisibles aux comptabilités des États comme aux changes des marchés. Les plus connues sont sans doute les dollars Linden dans le métavers Second Life ou les MS Points (Microsoft) sur le Xbox Live Marketplace, mais il y en a des dizaines (WOW Gold, Twolars, Zealies, Facebook Credits, etc.).
Des gens qui, pour une raison ou une autre, sont sortis ou veulent sortir du circuit officiel de l’argent pourraient développer ces monnaies virtuelles. Par exemple, les systèmes d’échange local (SEL), fondés la réciprocité de services («je te refais tes peintures, tu me construis mon site internet»), n’ont pas connu un très grand essor dans le monde physique, mais on peut imaginer qu’ils soient boostés dans le monde numérique – à la fois par des flux d’informations listant et localisant les besoins, et par des monnaies virtuelles fluidifiant les échanges.

Dans le domaine informationnel et culturel, la réponse consistant à étendre sans cesse les barrières d’accès (péages, licences, brevets) est lourde de menaces. Non seulement elle oblige à surveiller les faits et gestes de chacun, mais elle tarit surtout la condition de toute créativité, qui est l’accès le plus simple et le plus rapide aux ressources antérieures. Un nouvel équilibre doit être inventé, qui ne peut avoir pour fondement la suppression de la gratuité et la répression du partage.
Au-delà des questions strictement économiques, la gratuité est le symbole d’un état d’esprit, celui de la nouvelle civilisation numérique. Celle-ci accordera une place et une reconnaissance plus importantes aux notions d’empathie, de partage, de générosité et de solidarité. Pas d’idéalisme cependant : l’ère de l’Homo oeconomicus à dominante égoïste ne connaîtra pas un pur et simple remplacement par l’Homo numericus à dominante altruiste. On verra plutôt émerger un nombre croissant de trocs et échanges directs entre les individus, et au sein de communautés, éventuellement soutenus par des monnaies virtuelles. Des systèmes «sauvages» d’entraide, de protection et de partage, qui était marginaux (marché noir, systèmes SEL), voire illégaux (mafias), ou qui avaient été monopolisés par la solidarité «officielle» de l’État-providence, prendront une place plus importante dans nos existences.

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