
Carole Zibi Directrice Générale des Editions Digitales Publications Conde Nast
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Quelle place accorder à la communication online pour une marque du luxe ? Alors que nul ne doute plus de la place grandissante des investissements sur internet pour ces marques, la nature du mix digital et l’audace créative font débat. Pourquoi ne voit-on pas davantage de marques de luxe récompensées pour leur créativité sur internet lors des Grands Prix ? Que penser des bannières classiques vs opérations spéciales, du search marketing, ou des blogs pour une marque de luxe ? Faut-il mesurer le ROI quand on cherche à « recréer le rêve » ?
Dans son dernier ouvrage « Luxe Oblige », Jean Noel Kapferer, professeur à HEC et expert de la stratégie du luxe, évoque le rêve, essence même du luxe. Au plaisir personnel qu’il procure s’ajoute le stratifiant social, qui distingue le produit de luxe du « premium » ou du mass market. Ainsi défini, communiquer pour un produit de luxe reviendrait à recréer le rêve qui est détruit par la vente. En d’autres termes, quelque soit le luxe auquel chacun aspire, un parfum ou une Aston Martin, une fois ce luxe réalisé il perd de sa désirabilité. Le « prédicteur de rêve » (la soustraction de la diffusion à la notoriété) pourrait alors encourager une marque de luxe à cultiver la rareté pour continuer de faire rêver. A l’extrême, si l’on en croit Kapferer, elle pourrait choisir de n’être diffusée que rue du faubourg st honoré et bannir toute vente en ligne même partielle. Or, c’est exactement la tendance inverse qui s’opère sous nos yeux, avec des e-stores Hermès ou Gucci.
Internet peut approfondir le rêve en offrant aux marques un territoire d’expression riche, élégant et surtout nouveau, auprès d’une cible en affinité et parfaitement maitrisée. La meilleure preuve est la qualité avec laquelle les passionnés de mode peuvent vivre un défilé sur internet ou entrer dans l’univers d’une marque de luxe. A l’instar de Vuitton, qui a démontré avec la campagne « Countless journeys » signée Ogilvy à quel point internet pouvait être media d’émotions.
A l’heure où la majorité des internautes a recours à internet au préalable à un achat impliquant (notamment pour les montres de luxe, Internet est cité comme la première source d’information préalable à l’achat : 12.7% vs 10% pour la publicité. Etude exclusive IPSOS pour menstyle.fr auprès de 315 hommes CSP+ de 25 à 50 ans), la force de prescription que constitue internet en fait d’autant plus un media incontournable et générateur de « buzz ».
Reste aux marques de luxe de relever 3 défis (i) savoir distinguer effets de mode sur internet et phénomènes durables (on se souvient de la frénésie injustifiée envers Second Life), (ii) accepter la dualité du media à jouer à la fois un rôle de vecteur d’image et d’outil de CRM, et accorder les mesures d’efficacité distinctes à chaque fonction et enfin (iii) surprendre, créer de la complicité, du rêve. En un mot : sublimer ses codes identitaires en mariant les fondamentaux de l’internet d’aujourd’hui (rapidité, images, video, partage, communautés) à une approche créative, voire spectaculaire. Pourquoi pas en élargissant leur communication online par du « brand content » ?
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